BIGUINE REFLECHIE

Pour Alain JEAN-MARIE

Tu n'as jamais eu peur des tours ni des détours
et tu reviens toujours récolter le natal
soufrières et cyclones dont l'incendie et l'eau ne nous ont pas éteints
.

tu sais que ta biguine a bien tout réfléchi
depuis l'enfance tu as tout appris d'elle sans trop de gestes et sans grands mots :
à défaut de racines apprendre le chant des fruits
les fruits étranges et généreux des paradis ratés
rythmer les espérances pour bercer les naufrages recréer sans crier douter du doute réinventer l'élan
initier ton avenir au passage nocturne des haïtiens
imaginer le swing entouré d'ombres furtives et de trompette bouchée
appeler l'amour créole au secours des tendresses volées :no tears ni sorrow
chanter aux veillées d'âmes pour que la mort n'ait ni le dernier mot ni le dernier silence accompagner toujours les danses de joies et de malheurs

jouer à l'écart du chœur un temps sans profusions de gammes et d'harmonies
découvrir la mémoire pour laisser venir nues la note rouge et la note bleue
déjouer en fils prodigue les partitions des pères tisser ta liberté avec quatre continents sur le métier
.
Ainsi parti
.
tu n'as jamais connu d'autre exil que celui qui rassemble les dispersés
partout sur terre un piano entr'ouvert au passage de ton soleil-minuit
guajira, blues, danzon, milonga, léwoz et mazurka : ton solo se libère entre la note prévisible et la note espérée
tu prêtes ta main gauche aux danseuses et tes oreilles aux autres musiciens
mieux qu'accompagnateur : fidèle compagnon des serments d'hommes afro-cubains entre délire et déception des rêves de blues après l'amour de chanteuses sans gardénia
.
la batterie passe sa mesure entre désastre et connivence
la contrebasse concilie la confiance et la nuit
un trio sans troisième
avec toi
réinventeur fidèle de sources et de drives
pianiste piano-mitan.


Daniel MAXIMIN